Difficile de passer à côté lorsqu’on écrit de la fantasy! Grâce à la série de HBO, Game of Thrones est devenu une référence qu’on ne peut pas négliger. Et j’avoue que c’est essentiellement par ses graves incohérences que ce récit m’a marqué.
Que faut-il donc retenir pour ne pas commettre les mêmes erreurs? Attention, spoiler!!!

Avant-propos

Pour commencer, je vous invite à jeter un coup d’œil à mon avant-propos de l’étude de scénario du Seigneur des anneaux pour mieux comprendre le voyage du héros.

Ensuite, l’étude qui suit fait référence à la série télévisée de HBO et non aux livres. Lorsque je citerai l’auteur, cela signifiera l’auteur et les scénaristes qui sont indissociables.
Je laisserai également de côté la mise en scène et l’aspect graphique assez extraordinaire, car, ne nous mentons pas, si GOT a si bien fonctionné, c’est essentiellement grâce au budget pharaonique engagé par HBO et non par son originalité. Il y a tant de sagas d’heroic fantasy qui aurait mérité cette visibilité…

Anti-Tolkien et shakespearien

Ouhla! Il pète un plomb! Georges R. Martin n’est pas anti-Tolkien. Bien sûr que non!
Cependant, l’auteur de Game of Thrones a volontairement placé son oeuvre en opposition à celle de Tolkien.
Dans le royaume des 7 couronnes, toutes les races sont des hommes (ou presque) et la magie y est absente. On plonge résolument dans un univers cartésien calqué sur la Rome Antique et son Sénat. Pourquoi pas? De l’heroic fantasy sans magie peut fonctionner à condition d’avoir un scénario millimétré. Et nous verrons par la suite que c’est clairement la grosse faiblesse de GOT.

Pour celles et ceux qui connaissent un peu Shakespeare, cela n’a pas pu vous échapper. Ce bon vieux Georges est résolument un fan du grand dramaturge anglais. Dans la série, on sent l’ombre du poète d’Hamlet, d’Othello et de Macbeth. Les drames familiaux peuplent ce récit et en sont finalement l’essence.

Le point fort de la série

Vous l’aurez peut-être compris, je ne suis pas un grand fan. J’ai visionné les 8 saisons avec un certain plaisir. La réalisation est excellente et les musiques sublimes.
Si je ne devais retenir qu’une seule chose de cette série, ce serait sans aucun doute les personnages. Et cela suffit amplement!

Georges R. Martin est un maître en la matière. Je le redis encore une fois, les personnages sont plus importants que l’histoire.
Dans Game of Thrones, je me suis rarement attaché autant à certain protagonistes. Leur construction psychologique et leur évolution est fabuleuse.

Et la palme d’or revient à Arya Stark!

La jeune fille est sans conteste la plus extraordinaire preuve que les féministes d’Hollywood devraient arrêter de considérer tout mâle blanc comme un misogyne. J’aurais suivi ce personnage au bout du monde. C’est une fille frêle et donc sans force élevée dans la richesse malgré son caractère indépendant.
Personne n’aurait l’idée saugrenue de la comparer à un homme. Du coup, elle fait avec ce qu’elle a! Et plutôt que de vouloir plaire à la mode démago qui veut placer les femmes en super-héroïne, l’auteur a subtilement joué sur les atouts de la fillette. Elle sera donc assassin! Et en mode furtif s’il vous plaît! C’est fascinant.

Evidemment, d’autres femmes ont su tirer leur épingle du jeu. Cersei a la deuxième place avec son esprit machiavélique et ses manipulations. On ne s’attendait pas non plus à la voir brandir une épée!

Georges R. Martin a su donner aux femmes une place juste dans son récit sans pour autant se plier aux volontés du moment de les positionner sur un pied d’égalité avec les hommes. Car la nature n’est pas égale. Dans GOT les femmes l’ont compris et se sont adaptées.
Petite parenthèse: la SF a un train d’avance dans ce domaine puisque les femmes y trouvent une place équitable (pas égale, c’est différent) avec les hommes. Merci Peter F. Hamilton!

L’évolution des personnages de GOT est réellement fabuleuse. On peut haïr un homme comme Jaime Lanister dans une saison et le prendre en pitié dans une autre. Incroyable!
Sur ce point, l’auteur a du beaucoup travailler. Mais au détriment du reste…

Les orphelins

C’est un grand classique qu’on retrouve dans toutes les sagas. Le seigneur des anneaux, Harry Potter et Star Wars ont ouvert la voie contemporaine. Les mythologies nous avait tout dicté. Game of Thrones s’y est faufilé.

Qui est orphelin, me direz-vous?

Ben…tous les Stark!

Le charismatique Boromir Ned Stark se fait décapiter à la fin de la saison 1 ce qui permet à ses enfants de se révéler. C’est réellement là que l’histoire débute pour eux, car bien que leur mère soit vivante (et avec un fort caractère), ils deviennent tous orphelin de père. Et Ned était clairement leur idole! Arya doit fuir, Sansa est emprisonnée ou tout comme, Bran est abandonné, Jon…bref! Vous avez compris.

Nous avons donc notre belle brochette d’orphelins avec une Danerys qui vient se greffer à la liste puisqu’elle n’a carrément plus de famille (à part ses dragons). Et on a tous compris qu’elle le vivait plutôt mal!

On retrouve donc le schéma classique que Georges R. Martin s’efforçait de fuir.

Les marcheurs blancs ou comment vendre du rêve

C’est sans aucun doute la plus grosse arnaque de la série.
On y a tous cru! C’est une saga avec des putains de mort-vivants en mode heroic fantasy.
Le combat se fera contre ces monstres au-delà du mur. Winter si coming!
Le ton était clairement donné.

Sauf que non! Winter ben on s’en fout! C’est juste le trône qui compte. Rappelons que le titre original est “a song of ice and fire”.
Le roi de la nuit et ses pâlots font quelques rares apparitions et le scénario tourne finalement autour d’un jeu de pouvoir. Grosse déception!

La magie: deus ex machina à répétition

Game of Thrones s’annonçait clairement comme un monde sans réelle magie. La seule référence était liée aux dragons qu’on considère plutôt comme un bestiaire fantastique et non comme de la magie pure. Viennent également les marcheurs blancs, mais l’ensemble demeure flou et mal assumé.

Et voici venir le dieu du feu!

Sorti du chapeau d’une sorcière qui accouche d’un grand bébé un peu chelou, il fait montre d’une toute-puissance qui aurait pu clarifier la situation des prétendants du trône. Un dieu existe, il déchire tout et le trône est pour ses serviteurs. Et puis finalement non!

Lorsque Jon Snow se fait tuer pour le buzz saisonnier, le dieu du feu le ressuscite. Un beau deus ex machina pour faire comme si de rien n’était. Ne jamais faire ça!!!!! C’est se moquer des lecteurs!

Lorsque Danaerys offre un dragon au roi de la nuit (si si! Quand on traverse le monde en 5 minutes, qu’on voit un mec super flippant te viser avec une lance magique pendant une heure et qu’on ne fait rien, c’est un cadeau), ils le ramènent à la vie. Et hop! On détruit le mur. Ben oui! Ce que je me demande c’est comment ils comptaient passer un mur de deux cents mètres de haut à la base? Deus ex machina encore!

Et que dire de Bran? La Corneille à trois yeux, c’est un peu le pouvoir qu’on file au gamin éclopé inutile d’un coup de baguette magique. On verra plus tard ce qu’on en fera.

Voilà à quoi a servi la magie dans Game of Thrones. A sortir l’auteur de situations complexes dans lesquelles il s’était mis et lui offrir une porte de sortie. Ils n’y verront que du feu! Il y a les effets spéciaux!
Ce genre de procédé trahit clairement un manque de préparation et c’est ce qui m’a le plus agacé dans cette série au fort potentiel. Georges R. Martin est un romancier incroyable et un superbe conteur, mais il s’est laissé dépassé par l’ampleur du projet.

Incohérences en vrac!

Plutôt que de donner des conseils, je vais vous lister les incohérences scénaristiques imputables à l’auteur ou à HBO. Je n’ai pas lu les livres, je ne saurais donc dire si l’adaptation a pris quelques libertés avec l’oeuvre originale.
Il vous sera facile de comprendre ces erreurs et d’en tirer les leçons.

  • Tarly, qui est certainement le plus intelligent et le plus instruit des personnages, tue un marcheur avec du Verredragon qu’il trouve par hasard (coup de bol!) et il l’abandonne dans la neige. Il ne lui serait pas venu à l’esprit qu’il venait de découvrir une arme extraordinaire qui sera la clé de leur survie.
  • Danaerys a le syndrome de Stockolm. Elle se fait violer par Khal Drogo, puis tombe éperdument amoureuse…
  • Arya Stark a le pouvoir de changer de visage, mais ne l’utilise même pas lorsqu’elle décide d’aller tuer Cersei dans la saison 8. Buter le roi de la nuit, c’est fait, mais j’arrête là!
  • Pas vraiment une incohérence, mais il y a tellement de personnages qu’on en vient à oublier leur rôle. Et du coup, il faut les buter à tour de bras pour écrémer.
  • Comme dit plus haut, les marcheurs ne pouvaient pas passer le mur. On leur envoie donc un dragon pour qu’ils le zombifie et qu’il crame tout. Boss de niveau, OK! On passe à l’étape suivante.
  • Le roi de la nuit, c’est qui, bordel? OK, il a été un peu tuné par les enfants de la forêt. Mais que faisait-il là? C’est qui ce grand méchant sorti de nulle part? On aurait quand même aimé en savoir plus sur lui. Ou ils réservaient déjà ça pour les spin-off…
  • Jon est fou amoureux de Danaerys, mais un entretien de cinq minutes avec Tyrion suffit à lui faire tuer sa belle. Il n’essaie même pas de la raisonner. Sympa le dialogue dans le couple.
  • Et pour embrayer, le dernier dragon sait que Jon est coupable (la scène ne ment pas), mais plutôt que de brûler vif celui qui a tué sa mère, il décide de faire fondre le trône. Parce que Drogon est tellement intelligent qu’il avait compris que le véritable coupable, c’est la symbolique du pouvoir que représentait ce trône. Mort de rire!!!
  • Jon Snow est ramené à la vie par un dieu auquel il ne croit pas. Ce dieu devait considérer Jon comme l’élément-clé du monde pour lui offrir ce cadeau. Pourtant, il peine à fédérer le Nord, refuse le trône et n’est pas capable de calmer sa belle.
  • Danaerys! Parlons-encore! Elle est tellement en colère d’avoir été trahie (on lui cache juste un secret pour son bien) qu’elle décide de massacrer des milliers de femmes et d’enfants innocents en trahissant sa parole. Le plan “3ème reich” après la victoire est grotesque et avait de relent de fin de Hunger Games.
  • Le clou du spectacle: Bran en roi des six couronnes! Alors Bran, c’est un peu le gars qui a fait son Game of Thrones dans son coin, sans s’occuper de personne. Son utilité est discutable et on se serait bien passé de lui, mais un nain, prisonnier de surcroît, fait un monologue de cinq minutes et le proclame roi devant une assemblée de dirigeants dont la plupart n’a même pas pris part à la guerre. Voilà ce que ça donne quand on commence un roman sans en connaître la fin et qu’on veut éviter de clore la série avec les prédictions des fans. Pour surprendre, on pouvait faire mieux…(pour info, je me souviens avoir prédit en blaguant que Bran serait roi – ça collait avec les incohérences).

Je m’arrête là parce que j’ai oublié de noter toutes les incohérences au fil de la série, mais la liste est bien plus longue. Pour celles et ceux qui regardaient la série pour se divertir, ça passe. Mais lorsqu’on aime structurer une histoire et qu’on cherche plus que du grand spectacle, c’est réellement décevant.

La violence ne doit jamais être gratuite

C’est encore un point en moins pour l’auteur et les scénaristes.

Toute violence doit être justifiée. C’est essentiel! Sinon, c’est juste un coup de buzz. Et c’est d’ailleurs la recette de la série depuis la décapitation de Ned Stark. On ne compte plus les scènes gores juste là pour choquer. Viols, meurtres d’enfants, massacres.

J’aime la violence et le sang dans un récit. Mais il doit être dosé dans le but de déstabiliser. Lorsqu’on s’habitue à voir des enfants baigner dans le sang, c’est que le dosage est un peu fort, vous ne croyez pas? Le manque de finesse est hallucinant. C’est presque de l’amateurisme digne de films de série B par moment.

Côté sexe, je préfère passer la main. Il y a un sadisme pervers dans cette série qui m’a profondément déçu par son inutilité. Je suis un marin breton et je peux vous assurer qu’un routier polonais sera choquer avant moi. Mais la gratuité des scènes de sexe (Jaime et Cersei sur la tombe de leur fils en tête de liste) ont si peu d’intérêt qu’on les croiraient sorti d’un mauvais youporn. Elles n’apportent rien au scénario. C’est déplorable et déplacé.

Que faut-il donc retenir de cette saga côté écriture?

  1. Lorsqu’on débute l’écriture d’un récit, il est primordial d’en connaître la fin. C’est seulement ainsi qu’on évite les incohérences.
  2. Les personnages sont la clé de tout! Leur arc (évolution dans le temps) doit être travaillé jusqu’au bout.
  3. Chaque scène choquante doit être justifiée. Qu’il s’agisse de sexe, de violence ou d’amour, il doit y avoir un but précis et engendrer des conséquences directes.
  4. Il ne faut pas trop de personnages. Les lecteurs ne peuvent pas s’attacher facilement à un protagoniste qui disparaît pendant trois cents pages.
  5. En heroic fantasy, la magie ne doit pas servir uniquement de deus ex machina. Si elle existe, elle doit être présente dans le quotidien des personnages et non pour un tour de chapeau.
  6. Ne jamais étirer un roman pour plaire. Une histoire, c’est un début, un milieu et une fin. On ne rajoute pas des chapitres pour faire quelques tomes de plus. C’est devenu trop courant en HF. Merci le marketing!

Conclusion

J’ai dressé un portrait peu flâneur de la série, mais c’était surtout dans le but de pointer du doigt les dérives à éviter.
Georges R. Martin a créé une oeuvre incroyable qui force les respect. Il a une connaissance de l’histoire européenne (française, italienne et anglaise plus particulièrement) qui impressionne. Mais la pression mise par HBO est certainement la raison de ces incohérences puisque l’auteur a connu le syndrome de la page blanche pendant des mois. J’imagine ce qu’aurait pu donner cette saga si on lui avait laissé le temps…

Quoi qu’il en soit, je vous invite à étudier de votre côté les personnages de Game of Thrones un par un. Leur structure et leur arc représentent une masterclass à aux seuls.

C’est tout de même un pan de l’histoire des séries télévisées qui se clôt et j’attends avec impatience la sortie de la série du Seigneur des anneaux prévue pour 2021 chez Amazon.
Et les fans risquent d’être encore plus exigeants!

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